Dans la Brume électrique I James Lee Burke





Mais qui es-tu James Lee Burke ? Dire qu'il y a trois semaines on ne se connaissait pas et que me voilà en train d'entamer ton troisième roman comme si nous étions de vieux amis s'échangeant des nouvelles avec des lettres parfumées.


Dans un moment de désarroi, j'ai jeté mon dévolu sur ton roman le plus connu, celui adapté au cinéma par Bertrand Tavernier. J'ai découvert un polar moite, qui colle à la peau avec la même insistance que la chaleur humide de la Louisiane où évolue ton héros, Dave Robicheaux.

Soyons honnêtes l'un envers l'autre, James, ce n'est pas tant ton intrigue qui envoûte que cette façon hypnotisante d'accrocher ton lecteur à tes basques. Où que se rende ton héros, on est traîné avec lui : sur les eaux plates du bayou, dans les bars crasses à la dernière heure de la nuit, à travers les pacaniers, attaché de gré ou de force au siège passager de sa camionnette.

Cette intime compagnie nous embarque dans une folie hallucinée qui nous paraît tout à coup presque triviale. Comme si les limites des mondes s'effaçaient dans une zone affranchie par l'alcoolisme du Lieutenant Dave Robicheaux, sa pugnacité, sa droiture, et tous les démons de la Louisiane réunis.


Tandis que lieutenant tente de découvrir l'assassin d'une jeune prostituée, il est rattrapé par d'étranges résurgences d'une scène qu'il a vécue trente-cinq ans plus tôt. Impuissant, il assistait alors à l'assassinat d'un noir dans les marais. Ce crime, qui aurait dû rester impuni, réclame vengeance par la voix des morts. Peu importent alors les réticences du héros, pour qui respecter les frontières est un combat permanent, il n'aura pas d'autre choix que de les écouter.

Au-delà de l'enquête que mène le héros, ce sont des tableaux qui défilent avec cette virtuosité d'écriture qui habite les grands auteurs américains. Il y a une sorte d'épure dans les successions de métaphores, de comparaisons, de descriptions qui plantent perpétuellement le décor des scènes. Car ce sont des scènes que tu peins, n'est-ce pas James ?


"Il était assis sur un seau en plastique retourné, sous un arbre, sa canne à pêche ne bambou tendue devant lui au soleil, le bouchon rouge du flotteur dérivant à la limite des roseaux. Il était coiffé d'un chapeau de paille tout écrasé, posé sur le côté du crâne, et filait une roulée-main détrempée par la salive sans jamais l'ôter du coin de la bouche. Les boudins de graisse blanchâtre sur ses hanches et son ventre ressortaient entre sa chemise et son pantalonnade treillis, comme un paquet de lard en train de déborder en arrondi d'une bassine".

Pas étonnant qu'un réalisateur comme Tavernier ait été frappé par le film qui est déjà, en réalité, dans ces pages.

Rien de plus logique alors que cet anti-héros, Elrod Sykes : une étoile hollywoodienne, un acteur paumé, s'accrochant au Lieutenant Robicheaux comme à une bouée, l'entraînant malgré lui dans une spirale sanglante.


Ah oui, c'est un fort beau livre que tu as écrit là, foisonnant, hypnotique, où les pistes se mêlent avec une irréprochable harmonie, dans lequel les fantômes existent pour de vrai, et où l'on prend des coups de soleil en sirotant des Red Peeper à l'ombre d'une moustiquaire.


Enfin, puisque nous en sommes à tout se dire, je me permets de te demander, grands dieux, pourquoi ce second livre de toi - que j'ai lu exactement en parallèle de celui-ci, un coup l'un, un coup l'autre, comme pour doubler le frisson - est aussi mauvais ?

Ça s'appelle 'Lumière du monde', et j'en suis arrivée à me demander si c'était bien toi, James Lee Burke, qui l'avait écrit. Je l'ai fini par politesse, mais l'ennui, la trame usée et les bons sentiments ont failli m'étouffer.


Bien sûr, notre amitié m'importe. C'est pourquoi j'ai immédiatement ouvert 'Une Saison pour la pêche', histoire de voir si entre nous c'était vraiment fini ; et je t'ai retrouvé. Egal à toi-même.


J'en suis ravie, James. On a encore tant de choses à se dire.



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